La littérature vietnamienne

La littérature vietnamienne s'est construite pendant des siècles à l'ombre du modèle chinois avant de trouver, avec l'alphabet latin puis avec les guerres du vingtième siècle, une voix reconnaissable entre toutes. Elle reste peu traduite en français, mais quelques titres majeurs donnent une bonne idée de sa richesse.

Poésie classique en caractères

Les lettrés ont d'abord écrit en chinois classique, langue des concours mandarinaux et de l'administration. Ils ont ensuite adapté les caractères pour noter le vietnamien, un système appelé chu nom qui a permis une poésie plus proche de la langue parlée. Les grands noms de cette tradition vont de Nguyen Trai à la poétesse Ho Xuan Huong, dont les vers à double sens circulent encore.

Kieu de Nguyen Du

Le Kim Van Kieu de Nguyen Du, poème de 3 254 vers composé au début du 10-neuvième siècle, tient lieu de texte national. Écrit en chu nom et dans le mètre populaire luc bat, qui alterne vers de six et de huit syllabes, il raconte le destin d'une jeune femme qui se vend pour sauver sa famille.

Renouveau colonial et Tu Luc Van Doan

Le passage au quoc ngu et l'essor de la presse ont fait naître le roman moderne dans les années 1920 et 1930. Le groupe Tu Luc Van Doan, fondé en 1934 autour de Nhat Linh, a défendu l'individu, le mariage choisi et une prose débarrassée des ornements classiques.

Littérature de guerre

Les décennies de conflit ont produit une abondante littérature officielle, célébrant la résistance et le combattant. Le regard s'est inversé après le Doi Moi, quand des auteurs ont raconté la guerre du point de vue des survivants. Le Chagrin de la guerre de Bao Ninh, paru en 1990, en reste l'exemple le plus connu à l'étranger.

Voix dissidentes

Duong Thu Huong, ancienne engagée volontaire au front, a vu ses livres interdits au Vietnam après avoir critiqué l'appareil du Parti. Ses romans, dont Roman sans titre et Les Paradis aveugles, sont largement traduits en français. Nguyen Huy Thiep a porté dans ses nouvelles un regard désenchanté sur la société d'après-guerre.

Littérature de la diaspora

Les départs qui ont suivi 1975 ont donné naissance à une littérature d'exil, écrite en français, en anglais ou en vietnamien. Linda Lê, née à Da Lat et installée en France, et Viet Thanh Nguyen, lauréat du prix Pulitzer de la fiction en 2016 pour Le Sympathisant, comptent parmi les auteurs les plus lus.

Édition et censure

Le secteur du livre reste encadré par l'État et toute publication passe par une maison agréée. Les sujets politiques sensibles et la critique directe du Parti demeurent difficiles à aborder, ce qui pousse certains écrivains vers l'édition à l'étranger ou vers l'allusion.